Je n'ai jamais lu Norman Spinrad, donc je n'ai rien à en dire...pour le moment.
par contre je suis tout à fait d'accord sur le fait qu'il n'y a pas vraiment d'excuses "temporelles" valides pour justifier la plupart des auteurs réacs du passé. Franchement, quand on écrit après Sapho, Louise Michel, Harper Lee ou Olympes de Gouges (liste non exhaustive 😁), un texte raciste, sexiste ou homophobe est une opinion politique et pas seulement un produit de son temps.
Sexisme : ce n'est pas parce que Heinlein privilégie les personnages principaux masculins qu'il est pour autant sexiste. C'est sans doute une question d'affinité / de projection de l'auteur. Tout le monde n'est pas D.H. Lawrence !!! Dans Etoiles..., oui le corps d'infanterie est essentiellement masculin, et les femmes sont pilotes. Elles ne sont pas pour autant inférieures. Il me semble me souvenir que dans le vaisseau de transport de l'unité de Rico, l'organisation est du coup parfaitement matriarcale, avec une révérence sincère des bidasses envers les pilotes. Même chose dans Citoyen de la galaxie, les femmes sont bien des personnages secondaires (n'étant pas le principal) mais sont à la fois des personnages bien étoffés, essentiels à l'intrigue et indispensables à un héros parfois justement plus passif...
Comme je disais plus haut, ce qui me pose le plus de problème c'est que les femmes d'Heinlein, bien que respectées voire adorées, ne sont jamais les égales des hommes mais plutot des créatures différentes et complémentaires. Cette complémentarité s'exprime essentiellement dans une capacité particulière à catalyser la puissance du héros, c'est à dire à provoquer les évènement par leur seule présence ou leur seule nature et non par leur capacité d'action. Les femmes provoquent l'action (parfois comme femmes dans le frigidaire/victime comme dans
Récolte sur la lune,avec un viol) amènent les hommes au cœur de l'action et on se bat pour elles (les pilotes, non combattantes), mais elles ne font pas d'action. C'est à dire qu'elles sont essentialisées et objectifiées plutot que d'être des sujets actifs. Elles sont d'ailleurs, puisque tu cites
l'amant de lady Chaterley, rarement à l'initiative de leur sexualités mais des réceptacles consentants pour une sexualité masculine libérée (le pire ce sont les femmes de
En terre étrangère).
Par contre, je fait remarquer que je n'ai jamais taxé Heinlein de militariste. Selon moi, ce n'est pas l'armée qu'il défend, mais une certaine idée de la réalisation personnelle. C'est ce que veux dire libertarien, ce n'est pas qu'une position économique, c'est aussi une position philosophique dans laquelle la plupart des lois et règlements ne sont que des conventions sociales hypocrites et limitantes qui ne visent qu'à restreindre la liberté de l'individu de disposer de lui même, tout ça au nom d'une morale artificielle.
C'est d'ailleurs dans cette acceptation là que Heinlein est devenu une sorte d'idole du mouvement Hippie.
C'est une sorte de progressiste révolutionnaire de droite, c'est à dire qu'il défend une vision du monde ou la liberté (d'avancer vers de nouvelles expériences, par exemple grâce à la science, y compris en marchant sur les autres) l'emporte sur l'égalité mais ou le conservatisme traditionnel de la droite n'a pas lieu d'être. Il était aussi influencé par le mythe de la frontière, cette fascination pour ces zones soit disant sans lois qui produiraient des hommes "libres" vivants selon des lois "naturelles" effectivement bonnes.
C'est la raison pour laquelle l'armée donne le droit de vote, ce n'est pas du tout ironique. C'est une institution basée sur le volontariat, très méritocratique (vu la progression météoritique possible) et dont la discipline ne vient pas d'En Haut, mais de la nature même du combat et de la survie. On n'y apprend pas la discipline, elle s'y révèle par l'adversité et l'action, comme toutes les autres compétences. Elles sont apprises par la pratique et non par l'étude ou la théorie. La guerre n'y est pas souhaitable mais elle est un creuset d'adversité tout aussi valable que l'environnement hostile, l'injustice sociale, la décadence "morale", l'éloignement physique, la violence économique, pour produire l'"Homme Nouveau".
Au final, je ne le trouve pas réaliste ou cynique du tout, plutot naïf même. Il pense que si on supprime les lois,qu'on casse toutes les idéologies et qu'on laisse faire tout ce qu'on veut aux gens, les "héros Moraux" vont surgir comme par magie pour régler les problèmes économiques, politiques et sociétaux, par la force si nécessaire.
C'est une des critiques que fait Verhoeven, d'ailleurs: un monde ou seuls les meilleurs et les plus forts sont valorisés peut être très proche de l'utopie mais ne peux pas vraiment être égalitaire ou honnête et à besoin d'ennemis (réels ou artificiels) pour produire ses héros.
Il était aussi embarrassé dans son soutient à Reagan. Tel que je le comprend, il aimais la dimension technologique et expérimentale du programme "guerre des étoiles" (et on le comprend, détruire des missiles avec des satellites lasers c'est super cool) et il en était venu à percevoir la guerre froide, l'union soviétique (et l'idéologie communiste), et la bombe nucléaire (qu'il avait soutenu au départ comme un moyen de faire avancer la civilisation) comme des outils oppressifs aux service de ces valeurs "hypocrites" qu'il rejetait. il pensait que cette solution technologique débloquerai la question et permettrai d'avancer. Mais il n'aimait pas vraiment les aspects conservateurs du programme Reaganien.
Modifié le 17 juin 2020 à 15h37 par Flamel.